
L'exode du Paranormal Venez ici, découvrir le paranormal dans un état d'esprit zen et festif !!! |
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adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:36 | |
| Forts de cette science illimitée, ceux de la Grand-Race choisissaient dans chaque ère et chaque forme de vie tel ou tel concept, art et procédé qui pouvaient convenir à leur propre nature et à leur situation. La connaissance du passé, obtenue par une sorte de projection de l’esprit indépendamment des sens reconnus, était plus difficile à recueillir que celle de l’avenir.
Dans ce dernier cas, la démarche était plus simple et plus concrète. Avec une assistance mécanique appropriée, un esprit se projetait en avant dans le temps, cherchant à tâtons son obscur chemin extrasensoriel jusqu’à proximité de la période désirée. Alors, après des épreuves préliminaires, il s’emparait du meilleur représentant qu’il pût trouver des formes de vie les plus évoluées à l’époque. Il pénétrait dans le cerveau de cet organisme où il installait ses propres vibrations, tandis que l’esprit dépossédé remontait en arrière jusqu’au temps de l’usurpateur, occupant le corps de ce dernier en attendant qu’un nouvel échange s’opère en sens inverse.
L’esprit projeté dans le corps d’un organisme du futur se comportait alors comme un membre de la race dont il empruntait l’apparence, et apprenait le plus rapidement possible tout ce qu’on pouvait acquérir de l’ère choisie, de ce qu’elle possédait d’informations et de techniques.
Cependant l’esprit dépossédé, rejeté dans le temps et le corps de l’usurpateur, était étroitement surveillé. On l’empêchait de nuire au corps qu’il occupait, et des enquêteurs spécialisés lui soutiraient tout son savoir. Il arrivait souvent qu’on l’interroge dans sa propre langue, si des recherches précédentes dans l’avenir en avaient rapporté des enregistrements.
Si l’esprit venait d’un corps dont la Grand-Race ne pouvait physiquement reproduire le langage, on fabriquait d’ingénieuses machines sur lesquelles la langue étrangère pouvait être « jouée » comme sur un instrument de musique.
Ceux de la Grand-Race étaient d’immenses cônes striés de dix pieds de haut, avec une tête et d’autres organes fixés à des membres extensibles d’un pied d’épaisseur partant du sommet. Ils s’exprimaient en faisant claquer ou frotter d’énormes pattes ou pinces qui prolongeaient deux de leurs quatre membres, et se déplaçaient en dilatant et contractant une couche visqueuse qui recouvrait leur base de dix pieds de large.
Quand la stupeur et le ressentiment de l’esprit captif s’étaient atténués, et - en admettant qu’il vînt d’un corps extrêmement différent de ceux de la Grand-Race - qu’il n’éprouvait plus d’horreur pour son insolite forme temporaire, on lui permettait d’étudier son nouveau milieu et de ressentir un émerveillement et une sagesse comparables à ceux de son remplaçant.
Moyennant certaines précautions et en échange de services rendus, on le laissait parcourir le monde habité dans de gigantesques aéronefs ou sur ces gros véhicules à profil de bateaux, propulsés par des moteurs atomiques, qui sillonnaient les grandes routes, et puiser librement dans les bibliothèques où l’on pouvait lire l’histoire passée et future de la planète.
Beaucoup d’esprits captifs acceptaient ainsi mieux leur sort ; car il n’en était que de passionnés, et pour ces esprits-là, la révélation des mystères cachés de la terre - chapitres clos d’inconcevables passés et des tourbillons vertigineux d’un futur qui contient les années à venir de leur propre temps - sera toujours, malgré les horreurs insondables souvent découvertes, l’expérience suprême de la vie.
Quelquefois, certains pouvaient rencontrer d’autres esprits captifs arrachés à l’avenir, échanger des idées avec des consciences qui vivaient cent, mille ou un million d’années avant ou après leur propre époque. Et tous devaient écrire dans leurs langues de longs témoignages sur eux-mêmes et leurs temps respectifs ; autant de documents que l’on classait dans les grandes archives centrales. _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:40 | |
| On peut ajouter qu’un type particulier de captifs jouissait de privilèges beaucoup plus étendus que ceux de la majorité. C’étaient les exilés permanents moribonds, dont les corps dans l’avenir avaient été confisqués par des membres audacieux de la Grand-Race qui, confrontés à la mort, cherchaient à sauver leurs facultés mentales.
Ces exilés mélancoliques n’étaient pas si nombreux qu’on aurait pu s’y attendre, car la longévité de la Grand-Race diminuait son amour de la vie - surtout parmi ces esprits supérieurs capables de projection. Les cas de projection permanente d’esprits d’autrefois furent à l’origine de beaucoup de changements durables de personnalité signalés dans l’histoire plus récente, y compris dans celle de l’humanité.
Quant aux cas d’exploration ordinaire, lorsque l’esprit usurpateur avait appris de l’avenir tout ce qu’il souhaitait savoir, il construisait un appareil semblable à celui qui l’avait lancé au départ et inversait le processus de projection. Il se retrouvait dans son propre corps, à son époque, tandis que l’esprit jusqu’alors captif revenait à ce corps de l’avenir auquel il appartenait normalement.
Mais si l’un ou l’autre des corps était mort durant l’échange, cette restauration était impossible. En ce cas, bien sûr, l’esprit voyageur - comme celui des évadés de la mort - devait passer sa vie dans un corps étranger de l’avenir ; ou l’esprit captif - comme les exilés permanents moribonds - finissait ses jours à l’époque et sous la forme de la Grand-Race.
Ce destin était moins horrible quand l’esprit captif appartenait lui aussi à la Grand-Race - ce qui n’était pas rare, car au long des âges elle s’était toujours vivement préoccupée de son propre avenir. Mais le nombre des exilés permanents moribonds de la race était très limité - surtout à cause des sanctions terrifiantes qui punissaient le remplacement par des moribonds d’esprits à venir de la Grand-Race.
La projection permettait de prendre des mesures pour infliger ces peines aux esprits coupables dans leur nouveau corps de l’avenir - et l’on procédait parfois à un renversement forcé des échanges.
Des cas complexes de remplacement ou d’exploration d’esprits déjà captifs par d’autres esprits de diverses périodes du passé avaient été constatés et soigneusement corrigés. À toutes les époques depuis la découverte de la projection mentale, une partie infime mais bien identifiée de la population s’est composée d’esprits de la Grand-Race des temps passés, en séjours plus ou moins prolongés.
Lorsqu’un esprit captif d’origine étrangère devait réintégrer son propre corps dans l’avenir, on le purgeait au moyen d’une hypnose mécanique compliquée de tout ce qu’il avait appris à l’époque de la Grand-Race - cela pour éviter certaines conséquences fâcheuses d’une diffusion prématurée et massive du savoir.
Les rares exemples connus de transmission non contrôlée avaient causé et causaient encore, à des périodes déterminées, de terribles désastres. C’est essentiellement à la suite de deux cas de ce genre - selon les vieux mythes - que l’humanité avait appris ce qu’elle savait de la Grand-Race.
En fait de traces matérielles et directes de ce monde distant de millions d’années, il ne restait que les pierres énormes de certaines ruines dans des sites lointains et les fonds sous-marins, ainsi que des parties du texte des terribles Manuscrits pnakotiques. _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:43 | |
| Ainsi l’esprit qui regagnait son propre temps n’y rapportait que les images les plus confuses et les plus fragmentaires de ce qu’il avait vécu depuis sa capture. On en extirpait tous les souvenirs qui pouvaient l’être, si bien que, dans la plupart des cas, il ne subsistait depuis le moment du premier échange qu’un vide ombré de rêves. Quelques esprits avaient plus de mémoire que d’autres, et le rapprochement fortuit de leurs souvenirs avait parfois apporté aux temps futurs des aperçus du passé interdit. Probablement à toutes les époques, des groupes ou cultes avaient vénéré secrètement certaines de ces images. Le Necronomicon suggérait la présence parmi les humains d’un culte de ce genre, qui quelquefois venait en aide aux esprits pour retraverser des durées infinies en revenant du temps de la Grand-Race.
Cependant, ceux de la Grand-Race eux-mêmes, devenus presque omniscients, se mettaient en devoir d’établir des échanges avec les esprits des autres planètes, pour explorer leur passé et leur avenir, Ils s’efforçaient aussi de sonder l’histoire et l’origine de ce globe obscur, mort depuis des éternités au fond de l’espace, et dont ils tenaient leur propre héritage mental, car l’intelligence de ceux de la Grand-Race était plus ancienne que leur enveloppe corporelle.
Les habitants de ce vieux monde agonisant, instruits des ultimes secrets, avaient cherché un autre univers et une race nouvelle qui leur assureraient longue vie, et avaient envoyé en masse leurs esprits dans la race future la plus propre à les recevoir : les êtres coniques qui peuplaient notre terre voici un milliard d’années.
Ainsi était née la Grand-Race, tandis que les myriades d’esprits renvoyés dans le passé étaient vouées à mourir sous des formes étrangères. Plus tard, la race se retrouverait face à la mort, mais elle survivrait grâce à une seconde migration de ses meilleurs esprits dans le corps d’autres créatures de l’avenir, dotées d’une plus longue existence physique.
Tel était l’arrière-plan où s’entrelaçaient la légende et l’hallucination. Lorsque, vers 1920, j’eus concrétisé mes recherches sous une forme cohérente, je sentis s’apaiser un peu la tension que leurs débuts avaient accrue. Après tout, et malgré les fantasmes suscités par des émotions aveugles, la plupart de mes expériences n’étaient-elles pas aisément explicables ? Un hasard quelconque avait pu orienter mon esprit vers des études secrètes pendant l’amnésie - puis j’avais lu les légendes interdites et fréquenté les membres d’anciens cultes impies. Ce qui, manifestement, avait fourni la matière des rêves et des impressions troubles qui avaient suivi le retour de la mémoire.
Quant aux notes marginales en hiéroglyphes fantastiques et dans des langues que j’ignorais, mais dont les bibliothécaires m’attribuaient la responsabilité, j’avais fort bien pu saisir quelques notions des langues dans mon état second, alors que les hiéroglyphes étaient sans doute nés de mon imagination d’après les descriptions de vieilles légendes, avant de se glisser dans mes rêves. J’essayai de vérifier certains points en m’entretenant avec des maîtres de cultes connus, sans jamais réussir à établir l’exact enchaînement des faits.
Par moments, le parallélisme de tant de cas à tant d’époques lointaines continuait à me préoccuper comme il l’avait fait dès le début, mais je me disais par ailleurs que cet exaltant folklore était incontestablement plus répandu autrefois qu’aujourd’hui.
Toutes les autres victimes de crises semblables à la mienne étaient sans doute familiarisées depuis longtemps avec les légendes que je n’avais apprises qu’en mon état second. En perdant la mémoire, elles s’étaient identifiées aux créatures de leurs mythes traditionnels - les fabuleux envahisseurs qui se seraient substitués à l’esprit des hommes - s’engageant ainsi dans la recherche d’un savoir qu’elles croyaient le souvenir d’un passé non humain imaginaire. _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:46 | |
| Puis, en retrouvant la mémoire, elles inversaient le processus associatif et se prenaient pour d’anciens esprits captifs et non pour des usurpateurs. D’où les rêves et les pseudo-souvenirs sur le modèle du mythe conventionnel.
Ces explications embarrassées finirent pourtant par l’emporter sur toutes les autres dans mon esprit - en raison de la faiblesse encore plus évidente des théories opposées. Et un nombre important d’éminents psychologues et anthropologues rejoignirent peu à peu mon point de vue.
Plus je réfléchissais, plus mon raisonnement me semblait convaincant si bien que j’en arrivai à dresser un rempart efficace contre les visions et les impressions qui me hantaient toujours. Voyais-je la nuit des choses étranges ? Ce n’était rien que ce que j’avais entendu ou lu. Me venait-il des dégoûts, des conceptions, des pseudo-souvenirs bizarres ? C’étaient encore autant d’échos des mythes assimilés dans mon état second. Rien de ce que je pouvais rêver ou ressentir n’avait de véritable signification.
Fort de cette philosophie, j’améliorai nettement mon équilibre nerveux, en dépit des visions - plus que des impressions abstraites - qui devenaient sans cesse plus fréquentes et d’une précision plus troublante. En 1922, me sentant capable de reprendre un travail régulier, je mis en pratique mes connaissances nouvellement acquises en acceptant à l’université un poste de maître de conférences en psychologie.
Mon ancienne chaire d’économie politique avait depuis longtemps un titulaire compétent - sans compter que la pédagogie des sciences économiques avait beaucoup évolué depuis mon époque. Mon fils était alors au stade des études supérieures qui allaient le mener à sa chaire actuelle, et nous travaillions beaucoup ensemble. 4 _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:48 | |
| Je continuai néanmoins de noter soigneusement les rêves incroyables qui m’assaillaient, si denses et si impressionnants. J’y trouvais l’intérêt d’un document psychologique d’une réelle valeur. Ces images fulgurantes ressemblaient toujours diablement à des souvenirs, mais je luttais contre cette impression avec un certain succès.
Dans mes notes, je décrivais les fantasmes comme des choses vues mais le reste du temps, j’écartais ces illusions arachnéennes de la nuit. Je n’y avais jamais fait allusion dans les conversations courantes ; pourtant le bruit s’en était répandu, ainsi qu’il en va de ce genre de chose, suscitant divers commentaires sur ma santé mentale. Il est amusant de songer que ces rumeurs ne dépassaient pas le cercle des profanes, sans un seul écho chez les médecins ou les psychologues.
Je parlerai peu ici de mes visions d’après 1914, puisque des récits et des comptes rendus plus détaillés sont à la disposition des chercheurs sérieux. Il est certain qu’avec le temps les singulières inhibitions s’atténuèrent un peu, car le champ de mes visions s’élargit considérablement. Elles ne furent jamais toutefois que des fragments sans lien, et apparemment sans claire motivation.
Je semblais acquérir progressivement dans les rêves une liberté de mouvement de plus en plus grande. Je flottais à travers d’étonnants bâtiments de pierre, passant de l’un à l’autre par de gigantesques galeries souterraines qui étaient manifestement des voies de communication courantes. Je rencontrais parfois, au niveau le plus bas, ces larges trappes scellées autour desquelles régnait une telle aura de peur et d’interdit.
Je voyais d’énormes bassins de mosaïque, et des salles pleines de curieux et inexplicables ustensiles d’une variété infinie. Il y avait encore dans des cavernes colossales des mécanismes compliqués dont le dessin et l’utilité m’étaient absolument inconnus, et dont le bruit ne se fit entendre qu’après plusieurs années de rêves. Je peux faire observer ici que la vue et l’ouïe sont les seuls sens que j’aie jamais utilisés dans l’univers onirique.
L’horreur véritable commença en mai 1915, quand je vis pour la première fois des créatures vivantes. C’était avant que mes recherches m’aient appris, avec les mythes et l’historique des cas, ce à quoi je devais m’attendre. À mesure que tombaient les barrières mentales, j’aperçus de grandes masses de vapeur légère en différents endroits du bâtiment et dans les rues en contrebas.
Elles devinrent peu à peu plus denses et distinctes, jusqu’à ce que je puisse suivre leurs monstrueux contours avec une inquiétante facilité. On eût dit d’énormes cônes iridescents de dix pieds de haut et autant de large à la base, faits d’une substance striée, squameuse et semi-élastique. De leur sommet partaient quatre membres cylindriques flexibles, chacun d’un pied d’épaisseur, de la même substance ridée que les cônes eux-mêmes.
Ces membres se contractaient parfois jusqu’à presque disparaître, ou s’allongeaient à l’extrême, atteignant quelquefois dix pieds. Deux se terminaient par de grosses griffes ou pinces. Au bout d’un troisième se trouvaient quatre appendices rouges en forme de trompette. Le quatrième portait un globe jaunâtre, irrégulier, d’environ deux pieds de diamètre, où s’alignaient trois grands yeux noirs le long de la circonférence centrale.
Cette tête était surmontée de quatre minces tiges grises avec des excroissances pareilles à des fleurs, tandis que de sa face inférieure pendaient huit antennes ou tentacules verdâtres. La large base du cône central était bordée d’une matière grise, caoutchouteuse, qui par dilatation et contraction successives assurait le déplacement de l’« entité » tout entière. _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:52 | |
| Leurs actions, pourtant inoffensives, me terrifièrent plus encore que leur apparence - car on ne regarde pas impunément des êtres monstrueux faire ce dont on croyait les humains seuls capables. Ces objets-là allaient et venaient avec intelligence dans les grandes salles, transportaient les livres des rayonnages aux tables ou vice versa, en écrivant parfois, soigneusement, avec une baguette spéciale au bout des tentacules verdâtres de leur tête. Les grosses pinces servaient à porter les livres et à converser - la parole consistant en une sorte de cliquetis ou de grattement.
Ces objets n’étaient pas vêtus, mais ils portaient des cartables ou des sacs à dos suspendus au sommet du tronc en forme de cône. Ils tenaient généralement leur tête et le membre qui la supportait au niveau du sommet du cône, bien qu’il leur arrivât souvent de les lever ou de les baisser.
Les trois autres membres principaux pendaient à l’état de repos le long du cône, réduits à cinq pieds chacun quand ils ne servaient pas. De la vitesse à laquelle ils lisaient, écrivaient et manipulaient leurs machines - celles qui se trouvaient sur les tables paraissaient en quelque sorte reliées à la pensée - je conclus que leur intelligence était bien supérieure à celle de l’homme.
Plus tard, je les vis partout ; grouillant dans toutes les grandes salles et les couloirs, surveillant de monstrueuses machines dans des cryptes voûtées, et lancés à toute allure sur les larges routes dans de gigantesques voitures en forme de bateau. Je cessai de les craindre, car ils semblaient intégrés à leur milieu avec un suprême naturel.
Des caractéristiques individuelles devenaient évidentes parmi eux et certains donnaient l’impression d’être soumis à une sorte de contrainte. Ces derniers, sans présenter aucune différence physique, se distinguaient non seulement de la majorité mais plus encore les uns des autres par leurs gestes et leurs habitudes.
Ils écrivaient beaucoup, en utilisant, à en croire ma vision incertaine, une grande variété de caractères, mais jamais les hiéroglyphes curvilignes habituels. Quelques-uns, me sembla-t-il, se servaient de notre alphabet familier. Ils travaillaient pour la plupart bien plus lentement que l’ensemble des « entités ».
Pendant tout ce temps, je ne fus en rêve qu’une conscience désincarnée au champ visuel plus étendu que la normale, flottant librement, du moins sur les avenues ordinaires et les voies express. En août 1915, des suggestions d’existence corporelle commencèrent à me tourmenter. Je dis tourmenter, car la première phase ne fut qu’un rapprochement purement abstrait mais non moins atroce entre la répugnance déjà signalée à l’égard de mon corps et les scènes de mes visions.
Un moment, je fus surtout préoccupé pendant les rêves d’éviter de me regarder, et je me rappelle combien je me félicitais de l’absence de miroirs dans les étranges salles. J’étais très troublé de voir toujours les grandes tables - qui n’avaient pas moins de dix pieds de haut - au niveau de leur surface et non plus bas.
Puis, la tentation morbide de m’examiner devint de plus en plus forte et une nuit je ne pus résister. D’abord en baissant les yeux je ne vis absolument rien. Je compris bientôt pourquoi : ma tête se trouvait au bout d’un cou flexible d’une longueur démesurée. En contractant ce cou et en regardant plus attentivement, je distinguai la masse squameuse, striée, iridescente d’un énorme cône de dix pieds de haut sur dix pieds de large à la base. C’est alors que mes hurlements éveillèrent la moitié d’Arkham tandis que je me précipitais comme un fou hors de l’abîme du sommeil.
Il me fallut des semaines de hideuse répétition pour me réconcilier à demi avec ces visions de moi-même sous une forme monstrueuse. Je me déplaçais désormais physiquement dans les rêves parmi les autres entités, lisant les terribles livres des rayonnages interminables, et écrivant pendant des heures sur les hautes tables en maniant un style avec les tentacules verts qui pendaient de ma tête. _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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|  | | adeq Admin


Nombre de messages: 2232 Age: 32 Localisation: nul part qui n\'existe pas déjà humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Dans l'abime du temps Mar 5 Mai - 20:56 | |
| Des fragments de ce que je lisais et écrivais subsistaient dans ma mémoire. C’étaient les horribles annales d’autres mondes, d’autres univers, et des manifestations d’une vie sans forme en dehors de tous les univers, des récits sur les êtres singuliers qui avaient peuplé le monde dans des passés oubliés, et les effroyables chroniques des intelligences grotesquement incarnées qui le peupleraient des millions d’années après la mort du dernier humain.
http://www.larevuedesressources.org/spip.php?page=ispip-article&id_article=850 _________________ juger , c'est prendre le risque de se tromper . comprendre c'est se donner la chance de savoir .
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