LoKy moderateur


Nombre de messages: 958 Age: 22 Localisation: Lyon (69) FRANCE humeur:  Date d'inscription: 21/04/2008
 | Sujet: Le détour Lun 26 Oct - 21:41 | |
| Voilà il a y quelques temps j'avais avec vous abordé la question du détour ! On va s'y mettre sérieusement.
Rappel : http://www.paraexodus.com/sagesse-du-monde-f14/ou-trouver-la-sagesse-t351-15.htm?highlight=sagesse
Le détour est une notion ambivalente qu'on retrouve dans 7 domaines :
- domaine du voyage - domaine du langage quotidien - domaine de la temporalité - domaine de la pensée - domaine de la réflexion philosophique - domaine de l'action - domaine du discours(c'est d'ailleurs en partie grâce à ça que les politiciens nous racontent des balivernes)
Et à l’heure des autoroutes, des TGV, des GPS, et d’internet, le détour est vécu comme une perte de temps insupportable. Aller droit au but semble être une règle, une norme admise par tous. Pourtant, le détour est une modalité du voyage, de l’action, du raisonnement, du discours. Le détour, même au risque des pertes qu’il peut engendrer,apprend et enrichit. Il peut être un art de vivre.
Déplacement: Notre société a vu l’avènement du transport rapide, efficace, organisé. Et pourtant, jamais les touristes n’ont autant privilégié la lenteur et les chemins de traverse (randonnées, croisières, vacances en roulottes ...) ni opté pour le détour de l’itinéraire bis et les découvertes qu’il permet.
Action : Notre société valorise, de même, le fait d’aller droit au but, et pour cela fait de la planification une des clés de la réussite. Pourtant, la stratégie (jeux de stratégie, tactique militaire, diplomatie, stratégie économique) repose souvent sur le détour, la feinte, l’esquive ; la réussite dépend aussi de l’ingéniosité et de la liberté de pensée.
Raisonnement : Notre société retient le plus souvent la phrase et l’image choc, la synthèse, le résumé, la conclusion qui laisse dans l’ombre le cheminement intellectuel. Pourtant la recherche scientifique, la démarche pédagogique, la réflexion philosophique se fondent toujours sur les détours du raisonnement par essais et corrections, associations, analogies, tâtonnements, explorations, laissant place à l’errance et à l’erreur.
Discours : À l’heure du mythe d’une communication immédiate et transparente, la société contraint toujours à des détours de langage (politesse, négociation, diplomatie), elle cultive l’argumentation indirecte (publicité, discours de séduction), elle continue à s’exprimer par les formes artistiques qui disent le monde de façon détournée. Tout discours est médiation.
1. Détour et pédagogie :
Qu'est-ce que l'éducation ? L'éducation est l'apprentissage et le développement des facultés. Le but principal de l'éducation est de permettre par la suite la socialisation de l'individu. C'est donc la transmission des savoirs. Le savoir ne se laisse pas maîtriser directement, il demande des détours, des explorations successives (le cheminement intellectuel).
Ex : Avant de résoudre une équation, on doit d'abord apprendre par étapes successives, les chiffres, nombres, additions, soustractions ...
L'erreur peut constituer un détour constructif, c'est-à-dire se détourner de la vérité pour mieux réussir ensuite. "L'erreur est un outil pour enseigner".
La socialisation : toute éducation est un travail qui vise à détourner les violences primaires. Voir la théorie des dérivatifs de Freud, et le film de Truffaud "L'enfant sauvage".
Le détour par l'expérience s'avère plus utile que les longs discours. Une personne se rappellera davantage de ses erreurs (pédagogie inductive). L'élève construit lui même son savoir, par tâtonnements, hypothèses, déductions. Malheureusement si personne ne participe par exemple à un cours, l'inductif se transforme en transmitif, il n'y a alors aucune forme détour et l'apprentissage devient beaucoup plus difficile. (JJ.Rousseau, "Émile ou de l'éducation).
Il faut accepter de quitter ce que l'on connait, accepter de perdre ses repères, d'être déstabilisé afin de remettre en question ce que l'on croyait savoir.
Tout apprentissage nécessite un guide, un maitre. La connaissance nait de la confrontation à d'autres pensées. Le détour par l'altérité est la première étape de tout apprentissage. L'apprentissage n'est pas naturel chez l'homme et demande des efforts (notamment pour éviter que l'inductif ne devienne pas du transmitif). Il faut toujours choisir la voie la plus sinueuse pour acquérir plus de connaissances.
2. Détour et sciences :
La plupart des découvertes scientifiques se sont faites au détour d'autres recherches grâce au hasard et à l'imprévu (la sérendipité). Ces découvertes même dues au hasard nécessitent un certain niveau de connaissance. En explorant de nouvelles voix, au risque de se tromper, on progresse. Pasteur "La hasard favorise l'esprit préparé". Toutes les découvertes scientifiques importantes ont necessité de multiples détours avant d'arriver à un résultat satisfaisant.
Exemples :
-La découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming en est un illustre exemple. Cette découverte a eu lieu en 1928, lorsque Fleming laissa une boîte de Petri où il faisait pousser des staphylocoques dans son laboratoire et partit deux semaines en vacances. Lorsqu’il revint travailler, il constata que la culture avait été contaminée par les souches d’un champignon qui ont arrêté la croissance des bactéries. Fleming venait de découvrir un antibiotique !
-En 1970, le chimiste Spencer Silver travaillait au laboratoire de recherche de 3M et cherchait à l’époque une nouvelle colle forte. Au lieu de ça, ses recherches ont abouti à un résultat peu satisfaisant. En séparant deux bouts de papier qui étaient attachés par cette colle, Spencer a découvert que la colle restait soit sur un bout ou sur l’autre. Cela semblait être une invention assez inutile. Quatre ans plus tard, l’un de ses collègues eu une idée brillante. Il faisait partie d’une chorale et avait l’habitude de marquer les pages de son livre de cantiques. Comme ses repères n’arrêtaient pas de tomber, il les a enduits avec la colle de Spencer. Comme par magie, les repères restèrent en place et pouvaient malgré tout s’enlever facilement sans endommager le livre. Les notes Post-It étaient nées. De nos jour, elles constituent la fourniture de bureau la plus utilisée.
-L’idée du cellophane, le film d’emballage transparent le plus populaire, est survenue à l’esprit de l’ingénieur textile suisse Jacques Brandenberger alors qu’il était assis dans un restaurant. Après qu’un client avait renversé une bouteille de vin sur la nappe, le Dr Brandenberger est retourné à son laboratoire convaincu qu’il trouverait un moyen d’appliquer un film transparent sur les vêtements, ce qui les rendrait imperméables. Il a fait des recherches sur différents matériaux et a fini par appliquer de la viscose liquide sur du tissu. L’expérience a échoué car le tissu était devenu trop rigide et fragile. Brandenberger a toutefois remarqué que la couche de viscose avait formé un film transparent qui pouvait avoir d’autres applications. En 1908, il développa une machine qui pouvait produire des feuilles de viscose transparentes et les a commercialisées sous le nom de cellophane.
-La bande auto-agrippante Velcro a été inventée en 1941 par l’ingénieur suisse George de Mestral. L’idée lui est venue après avoir analysé les résidus de bourre qui étaient restés accrochés à ses vêtements et aux poils de son chien après d’être promenés dans les Alpes. Il a examiné cet étrange duvet au microscope et a décidé de concevoir un bande auto-agrippante qui se baserait sur le système de crochets microscopiques des bourres. Même si de Mestral fut d’abord confronté à la résistance et à la moquerie de ses pairs, il s’accrocha à son idée. À force d’essais et d’erreurs, il réalisa que le nylon cousu sous la lumière infrarouge formait de mini crochets très résistants qui pouvaient facilement restés accrochés à des matières en nylon plus douces et veloutées. Saviez-vous que de Mestral a nommé son invention Velcro d’après les mots « velours » et « crochet » ?
3. Détour et création :
A. Le détour pour contourner la censure
En cas de régime totalitaire par exemple, il est nécessaire de s'exprimer de façon indirecte pour déjouer la censure. Lors de la guerre, les Français avaient au travers de poèmes, chansons ... une écriture codée grâce à un réseau de métaphores. (une femme qu'on aime pour la France). Durant le siècle des lumières, Diderot, Voltaire, et Rousseau participent à l'encyclopédie afin de transmettre des idées révolutionnaires. Ils plaçaient des articles virulents aux entrées les moins polémiques. Au 17ème, Lafontaine utilise le détour des fables pour critiquer le roi, la monarchie.
Exemple :
La Rose et le Réséda
Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Tous deux adoraient la belle Prisonnière des soldats Lequel montait à l'échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Qu'importe comment s'appelle Cette clarté sur leur pas Que l'un fut de la chapelle Et l'autre s'y dérobât Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Tous les deux étaient fidèles Des lèvres du coeur des bras Et tous les deux disaient qu'elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles Au coeur du commun combat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l'un chancelle L'autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Ils sont en prison Lequel A le plus triste grabat Lequel plus que l'autre gèle Lequel préfère les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Un rebelle est un rebelle Deux sanglots font un seul glas Et quand vient l'aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Répétant le nom de celle Qu'aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle Même couleur même éclat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Il coule il coule il se mêle À la terre qu'il aima Pour qu'à la saison nouvelle Mûrisse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas L'un court et l'autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flûte ou violoncelle Le double amour qui brûla L'alouette et l'hirondelle La rose et le réséda Aragon: La rose et le réséda
B. Le détour par d'autres civilisations pour critiquer la société
"Candide" de Voltaire "Les lettres Persannes" de Montesquieu
C. Les parodies et les pastiches
"Le bal des vampires" de Polanski (désolé ^^) "Le dictateur" de Charlie Chaplin (parodie de films de propagande nazis) La joconde détournée par Marcel Duchamp Les dessins de plantu
4. Le détour lorsque la vérité est indicible :
"W ou le souvenir d'enfance" de Pérec
Dans W ou le souvenir d'enfance, l'invention formelle d'un récit est élcaté en deux parites entrelacées permet de servir la mise en scène d'un traumatisme intime tout aussi complexe, situé à la frontière de 'lindicible. Le piège de Pérec n'est pas un artifice fumeux, la forme est consubstantiellement liée au fond. Ce que le conmpte rendu et l'introspection n'ont pu retranscrire de son passé, c'est-à-dire la quasi totalité de sa souffrance et de sa conscience des évènements, la rêverie d'enfance permet de le saisir. Cette idée précoce de la cruauté humaine et de l'injustice, Pérec ne parvient pas à la formuler complètement, et c'est par l'effet d'une sorte de pudeur malaisée, d'une impuissance trop assumée que sont rendus sensibles les impératifs de l'écriture et d'une telle machination littéraire.
La suite à venir.
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geranium moderateur


Nombre de messages: 7405 Age: 40 humeur:  Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Le détour Ven 30 Oct - 21:27 | |
| REMONTE_________________ Quelle que soit la chose que vous pouvez faire ou que vous rêver de faire, faites-la. L'audace a du génie, de la puissance et de la magie." W.H. Murray  |
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